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Publié dans Geographia Technica, Université de Cluj-Napoca, Roumanie, Numéro spécial, 2009, p.431-436.

 

http://geografie.ubbcluj.ro:8010/AIC/pdf/73_n._segerie_-_la_surprise_des_ecarts_de_prevision_des_extremes_meteo-climatiqu.pdf
 
LA SURPRISE DES ECARTS DE PREVISION DES EXTREMES METEO-CLIMATIQUES : POUR UN RECUL PHENOMENOLOGIQUE.

 

Nicolas SÈGERIE  
 
Laboratoire Pluridisciplinaire Giordano Bruno,

33, rue Sœur Janin, 69005 Lyon, France, 

labo-giordano-bruno@orange.fr

 

Avec mes remerciements au professeur Ionel Haidu, de la faculté de géographie de l'Université de Cluj-Napoca, qui a dirigé cette publication et organisé ce congrès en climatologie.

 

 
Résumé : Les équations de l’atmosphère utilisées pour les modèles météorologiques se basent sur la mécanique des  fluides  et  la  thermodynamique.  Pour  tenir  compte  de  simplifications  conceptuelles  et  de  la  puissance  de calcul nécessaire pour la densité du maillage spatial et temporel, il a été procédé à des approximations. Mais sont-elles toujours valides pour les conditions extrêmes ? La connaissance théorique des phénomènes à toutes les échelles est perfectible en tenant compte de toutes les observations en perpétuel renouvellement. Cependant, des  modèles  conceptuels  anciens,  justifiés  à  leur  époque,  ont  influencé,  voire  conditionné  jusqu’à  nos  jours, notre cognition de la météorologie et de la climatologie. L’analyse d’épisodes de phénomènes extrêmes ayant donné lieu à des catastrophes liées aux conditions météorologiques, et mettant en jeu des prévisions, permet de relever  des  irrégularités  dans  la  conception  habituelle  des  modèles.  C’est  pourquoi,  nous  proposons  une sélection  d’analyses  sur  quelques  approximations  pour  redynamiser  la  réflexion  sur  la  modélisation  dans  un sens plus phénoménologique. 


Mots clés : climat,  modèle,  perception du risque,  prévision  
 
Abstract:  Surprise  of  predictions  for  the  extremes  weather  and  climatic:  back  to  the  phenomenology.  The equations of the atmosphere used for meteorological models are based on fluid mechanics and thermodynamics. To take account of conceptual simplifications and the computing power necessary for the density of spatial and temporal,  it  was  carried  out  approximations.  But  are  they  still  valid  for  extreme  conditions?  The  theoretical
knowledge of the phenomena at all scales can be improved taking into account all the observations in perpetual
renewal. However, conceptual models of old, justified in their time, have influenced or conditioned to the present
day,  our  cognition  of  meteorology  and  climatology.  The  analysis  of  episodes  of  extreme  events  which  led  to
disasters related to weather conditions, and involving predictions, used to identify deficiencies in the design of
the  usual  models.  Therefore,  we  propose  a  selection  on  some  analytical  approximations  to  reinvigorate  the
debate on modelling in a more phenomenological.


Key word : climate,  the model,  perceived risk,  forecast- 

 

 
1.  Problématique à partir de prévisions météorologiques catastrophiques.  

 

Constat aéronautique: Un facteur météorologique d’accidentologie en aéronautique existe au décollage ou à l’atterrissage (1). Les pilotes sont entraînés à atterrir en toutes conditions, et le surcoût éventuel d’un changement de plan de vol incite à une prise de risque, limitée ou périlleuse.

 

C’est le cas de l’avion en provenance de Bangkok le 16 septembre 2007 qui a atterri à Phuket en Thaïlande sous une pluie battante et un vent fort, malgré l’avis du pilote puisqu’il voulait « une autorisation de faire avorter l’atterrissage » ; aquaplaning faisant 88 morts pour 42 rescapés (2). Les long-courriers, lourds, ont la durée du vol suffisante pour créer les conditions de surprise à l’arrivée entre situation prévue et effective. Une fois en l’air, le déroutage n’est pas toujours consenti pour un mauvais temps, coutumier.

 

Contrairement à ce pilote d’une compagnie pourtant « à bas coût », qui le 19 décembre 2008 a préféré revenir à son aéroport de décollage de Cardiff que d’atterrir dans le brouillard à Paris-CG « pour cause d’insuffisance de formation » ; passagers sains et saufs. Dans aucun des cas ne s’est réalisé le prévu !


Brouillard,  précipitations,  zone  orageuse, foudroiement,  vent  latéral  ou  de  cisaillement,  la traversée d’un front fait déjà courir de vrais risques aux abords de l’aéroport (3; 4). Ainsi, le 11 juin 2008 à Khartoum au Soudan, un avion s’est posé avec une forte tempête, faisant 29 morts pour 171 rescapés. Qu’attend-on de modèles météorologiques ? Comment intégrer l’erreur humaine?

 

Pensons au vol Rio - Paris AF447 qui a voulu traversé une zone de grain atlantique prévue comme "innofensive" et qui s'est abîmé en mer le 1er juin 2009. Les sondes Pitot, seules incriminées, sont bien insignifiantes devant un tel processus de prévision. (paragraphe complété pour la compréhension).


Constat en navigation maritime ou de plaisance: 
Observons des exemples d’appareillages de bâtiments maritimes, avec des procédures de sécurité et de prises de décisions réglementées, et pourtant sanctionnées par des naufrages.

Certaines routes sont-elles économiques lors de pertes telles l’Erika (12/12/99) ; du Prestige (13/11/02) qui a mobilisé les services de prévision de plusieurs pays ; du SMC Napoli (18/01/07)?

 

Quatre cargos à la fois dans le détroit de Kertch en Mer Noire (11/11/07) sombrés malgré prévisions et avertissements.

 

La plateformes pétrolière Ocean Ranger a sombrée corps et biens au large de Terre Neuve en 1982 ; les vagues  scélérates  ont  généré  du  scepticisme  ou  de  l’ironie  car  imprévues,  non  comprises.  Elles
dégradent encore plateformes et navires ; au large de l’Afrique du sud, partiellement expliquées (5),
mais aussi vers Ouessant comme pour le Pont-Aven le 21 mai 2007, proche du solstice.

 

Un modèle de probabilité de périodes de retour sera-t-il suffisant pour expliquer la non linéarité de ces vagues (6; 7) ?

 

Le ferry sénégalais Le Joola, a appareillé le 26 septembre 2002 de Ziguinchor, pour Dakar (8).  Prévu  pour  550,  il  embarque  surchargé ;  passe  l’embouchure  de  la  Casamance.  « Le  temps  est calme  et  pluvieux ».  Un  grain  tropical  « aurait  été  détecté  au  radar  par  le  personnel»  qui  atteint  le Joola par le travers tribord, il gîte sur bâbord et il chavire très rapidement au large de la Gambie. Le naufrage  fera  104  rescapés  pour  1863  noyés  (9).  Le  rapport  d’enquête  sénégalais  conclue que  le chavirement vient du dossier de stabilité. Les causes avancées sont nombreuses, mais peut-on y ajouter les  conditions  météorologiques ?  De  beau,  le  temps  s’est  rapidement  dégradé.  Voila  les  propos rapportés (10): « [---] il y a eu subitement plus de vent. Un fort vent latéral qui a pris le bateau. On a constaté une accentuation du tangage. Le bateau s’est levé, n’est pas revenu à sa position normale et
s’est renversé doucement, tout doucement […] Cela s’est passé très vite, le bateau s’est retourné en quelques  minutes  (11)".  Le  rapport  de  la  commission  militaire  du  Joola  (12)  « souligne  que  le matériel  de  secours  n’a  pas  été  déclenché,  preuve  que  l’équipage  a  été  surpris  par  l’événement » « Les prévisions météorologiques faisaient certes état pour la zone, « de fortes pluies, orages, vents très  forts  de  20  à  40  noeuds  pendant  15  à  30  minutes  »,  mais  n’étaient  pas  même  diffusées  par  la station radio maritime de Dakar et par ailleurs, n’annonçaient pas un temps «non maniable» pour ce navire qui avait [---] déjà rencontré des circonstances comparables, voire plus dures. ». Le ferry était déjà  engagé,  mais  tout  marin  sait  que  le  temps  peut  changer…vite  (13).  Les  services  compétents auraient agit si la force de ce « grain » avait été pronostiquée. Dans la région tout le monde savait que le  Joola  embarquait  de  la  sorte  et  ce  drame  prévisible  (14). 

 

Par  conséquent,  il  faut  envisager  que  le phénomène de grain tropical soit mal compris. L’alizé les amène qui vont nourrir les cyclones dans les Antilles.  La  période  la  plus  intense  est  de  mi-août  à  mi-octobre,  mais  s’étend  de  juin  à  novembre comme en 2008. Ce drame se situe au cœur de cette période signifiante de phénomènes climatiques globaux (15). 

 

Un  autre  exemple  significatif  est  le  cas  du  ferry  Samson,  qui  reliait  l’île  d’Anjouan  des Comores à Madagascar. Le 6 mars 2004, le Samson a quitté le port de Mutsamudu avec à son bord 120 personnes (le double ?). « Victime des vents violents engendrés par le cyclone Gafilo, il a chaviré --- ». Comment  expliquer  qu’un  armateur  s’engage  en  laissant  appareiller  un  bâtiment  avec  un  cyclone en vue?  Gafilo  a  également  provoqué  le  naufrage  d'un  bateau  de  pêche  industrielle,  le  "Véga  9",  dont treize des quinze occupants sont portés disparus, un seul a survécu. Or les marins sont expérimentés sur les conditions de pêche de leur zone. Comment ont-ils pu s’aventurer en mer ce jour-là ?

 

Des centainesd’autres décès et 200 000 sinistrés seront touchées à Madagascar par ce cyclone malgré l’alerte. Il y eut un  grand  écart de  prévision  car  le  cyclone  a  même  rebroussé  chemin.  Un  autre  bateau  comorien  le
''Niati-Soifat''  de  l’île  de  Mohéli  a  aussi  coulé  le  27  juillet  1996  dans  des  circonstances  non élucidées avec une cinquantaine de victimes pour une centaine de passagers à bord.

 

La course nord Atlantique du Fastnet 1979 où en plein été, le 13 août, les voiliers engagés ont été  avec  de  nombreux  vacanciers  pris  dans  une  dépression  dévastatrice  qui  a  fait  de  nombreuses victimes  pourtant  très  aguerries.  Sur  303  bateaux,  peu  finiront ;  plus  de  140  personnes  seront secourues ; 15 navigateurs perdront la vie. L’association des cap-horniers commente : « [---] La BBC parle  de  force  8  imminent  sur  [---]  les  zones  où  doit  passer  la  course.  Le  centre  dépressionnaire d'après les positions données devait passer au nord de l'Irlande, or il a changé de route vers le Sud et passe au milieu de la mer d'Irlande puisqu'un bateau dans la nuit du lundi au mardi restera pendant dix  minutes  sans  vent  sur  une  mer  très  forte,  puis  se  retrouvera  dans  un  vent  de  force  9  à  10  en quelques  instants,  ce  qui  est  le  signe  du  passage  du  centre  de  la  dépression ».  Et  d’une  grande
surprise ! « Les prévisions météo ont été dépassées. C'est très possible en été, depuis deux jours nous vivions dans une masse d'air chaud, alors qu'une masse d'air polaire avait envahi la haute atmosphère ; le conflit air chaud/air froid a fait se resserrer le gradient et des vents dépassant les prévisions ont soufflé sur la zone de la course. ». Si  les prévisions paraissaient balbutiantes, en 2007 les équipages ont appréhendés la même situation (16). 
 
Des risques sous-estimés, trajectoires, intensités et nature de phénomènes reproductibles mal assimilés.

 

Constat  en  agriculture :  Les  cultivateurs sont  les  premiers  météorologues:  à  se  transmettre une  tradition  « d’empirisme  expert ».  Là  comme  en  navigation  à  la  voile,  l’observation  in  situ  d’un vieux baromètre pratiquée quotidiennement peut-être très fiable (17) ; qui gagnerait à s’associer à des prévisions  à  une  échelle  continentale.  Pourtant  ces  méthodes sont  dénigrées  puisque  9  sur  10  des exploitants  agricoles  utilisent  d’autres  prévisions.  Problèmes  d’adaptations  ou  d’étalonnage :  des surprises : perte de fourrage, destructions avant récolte. L’objectivité paysanne s’est effritée en même temps,  ce  que  confirment  les  demandes  de  dédommagements  aux  assurances  ou  à  l’Etat  au  titre  des « catastrophes naturelles ». Paradoxalement, le « changement climatique » serait causé par l’homme.


Activités de plein air : tel le drame du Drac le 4 décembre 1995, cette rivière du Sud de la France où 6 enfants et leur accompagnatrice venus là en « classe verte » se sont fait emportés par une crue de décharge d’un barrage hydroélectrique. Quel risque sur le barrage ou contrainte justifie ce rare péril ?


A Strasbourg, le 6 juillet 2001, un spectacle était prévu en plein air, malgré une prévision de « mauvais » temps et plusieurs alertes « d’épisodes très orageux », un violent coup de vent associé au maintien de la manifestation a occasionné 13 morts et une centaine de blessé quand un arbre centenaire s’est écroulé sur la tente où s’étaient abrités les quelques 120 spectateurs. La prévision donnait-elle une information sans ambiguïté de vigilance ? Etait-elle bien calibrée en intensité ? Cet événement aura des conséquences sur la communication de Météo France engagée dans sa responsabilité. Mais est-ce que pour autant la compréhension du phénomène de ce risque et son amplitude aura été mieux ciblée ?


En montagne, malgré la présence de service de prévision adapté au milieu, comme dans les Alpes  avec  Météo  Chamonix,  les  touristes  de  la  neige  sont  attirés  justement  lorsque  la  menace d’avalanche est là, par un beau soleil tentant après une précipitation neigeuse abondante (18). Si règles de  survie  et  dissuasion  du  hors  piste  sont  activées  lors  des  alertes,  chaque  année  fait  son  lot  de malheureux.

 

L’avalanche du 21 février 1999 à Evolène dans le Valais Suisse fait douze victimes dont une famille décimée dans un chalet réduit en confettis. La risque d’avalanche était au niveau maximal 5/5  (19)  sur  la  région,  4  sur  le  village,  mais  la  sécurité  civile  n’y  a  pas  cru.  Après  des  chutes abondantes, le redoux inquiétant s’était installé. Ce risque exceptionnel rappelle qu’une procession au village  commémore  une  autre  cinquantaine  de  victimes  en  1827.  Alors  à  quoi  bon  comprendre comment  le  temps  météorologique  évolue  si  ce  n’est  pas  pour  anticiper  les  moments  cruciaux  de risque !  L’abondance  fait  suite  à  un  phénomène  important  en  énergie  de  déplacement  d’un  front :  le beau temps qui suivra sera à la mesure du phénomène, intense et donc dangereux. La dynamique du temps est ici en jeu, plus que l’imprudence des skieurs ou le niveau de vigilance affichée. Le centre de la  neige  de  Davos  [id]  constate  que  le  nombre  de  victimes  n’est  pas  cohérent  à  celui  de  danger. 

 

A l’heure où j’écris ces lignes, lundi de Pâques: 3 morts emportés par une avalanche en Queyras, danger de niveau seulement 3/5 !

 

Pêcheurs, plaisanciers, montagnards, paysans, touristes ou transporteurs, la vigilance  repose  sur  le  crédit  apportés  aux  centres  de  prévision  et  donc  aux  modèles  réputés performants.  La  médiatisation  des  prévisions  s’est  vulgarisée  aussi  vite  que  le  développement  des techniques  et  des  données.  La  résonance  internationale  du  « changement  climatique »  activement débattu à toutes les échelles incitent les utilisateurs de prévisions météorologiques une marche à suivre « à n’en pas douter », et pourtant… 
 
2.  Analyse d’approximations de modélisation: 
 
Nous  allons  ici,  comme  géographe  ou  physicien  plus  qu’analyste  numérique,  essayer  de comprendre  quels  seraient  les  éléments  théoriques  de  la  construction  des  modèles  qui  pourraient intervenir  dans  cet  écart  avec  la  réalité.  Les  équations  de  l’atmosphère  font  intervenir  les  volumes élémentaires d’une échelle millimétrique avec une période de stabilisation de l’ordre d’un dizième de seconde ; tel un fluide confiné où la thermodynamique implique pression et température uniforme. Ce n’est plus le cas à l’échelle globale.

 

La conservation de l’énergie concerne l’énergie cinétique, l’énergie interne, la pesanteur. Celle-ci varie avec l’altitude et la latitude (20). Sans l’approximation faite sur la forme elliptique de la terre, est modifiée de peu l’inertie sur la sphère horizontale liée à l’hydrostatique.  La  variation  de  pesanteur  sur  ces  masses  d’air  considérables,  tenant  compte  de  l’altitude  des inlandsis  et  du  géoïde,  représente  une  force  qui  tend  à  altérer  sa  trajectoire  méridienne  en  se rapprochant de l’équateur (22; 23). Les masses d’air peuvent ainsi s’étendre plus méridionalement que prévu.  Lorsqu’elles  se  transforment  en  cyclones,  l’effet  de  surprise  est  garanti.  La  géosphéroïcité interroge sur l’approximation synoptique.


Le  régime  laminaire  supposé  pour  l’écoulement  à  l’échelle  planétaire  est  contredit  par l’observation satellitaire de phénomènes turbulents à l’échelle globale (24) où nous observons ces vents de dégagement devant la progression des fronts froids. Ils prennent quelle que soit la latitude une allure tempétueuse, sources de dégâts cités plus haut. Considérer laminaire tout mouvement atmosphérique interdit d’envisager des perturbations à une échelle intermédiaire sur les pressions, et donc des vents locaux. Mais dans les cas de catastrophes qui nous ont préoccupés, la turbulence était d’un ordre de grandeur  hémisphérique.  Ces  vents  apportent  une  réponse  quantitative  majeure  à  la  question  du transfert  énergétique  méridien,  issu  de  la  dynamique  planétaire  d’équilibre  thermique  entre  pôles  et zone intertropicale, principe même de toute climatologie. Ces vents concernent nos incompréhensions.

 

Une  discussion  sur  les  facteurs  externes  du  climat  peut  s’engager  pour  modéliser  l’énergie interne  (25)  (cycles  solaires,  rayons  cosmiques,  chaleur  interne)  et  sur  les  interactions  (volcans, biomasse, nébulosité, albédo). La circulation en cellules selon les étages latitudinaux, devrait pouvoir être manifestée par le transport de matière accumulée selon la dynamique de ces cellules. Or le constat est bien établi que par exemple la pollution globale prend la direction des pôles, mesurée dans les tissus des  animaux,  les  lichens  ou  les  glaces  (26).  En  outre,  la  recherche  de  discontinuité  à  la  supposée naissance des alizés n’est pas constatable par les faits puisque il y a continuité de flux de la circulation des masses d’air depuis aussi loin que l’on veut en latitude vers la zone de convergence intertropicale [opus cités Favre, Pommier]. Si les explorateurs au long court avaient atterris et colonisé le Spitzberg plutôt que les Antilles, la démonstration serait faite ; ce que confirment les éditions déjà anciennes des « pilots charts » (27) ou l’expérimentation faite pendant une transatlantique à la voile (28).


Sur le plan vertical, l’approximation hydrostatique courante dans la plupart des modèles (29) considère la vitesse de déplacement vertical négligeable par rapport aux vitesses horizontales. Or les praticiens  de  l’air  savent  qu’il  est  impérieux  de  ne  pas  s’engager  dans  une  zone  convective  où l’ascension  peut  être  mortelle.  Les  vents  thermiques  sont  suffisants  aux  sportifs.  A  l’approche  des orages, ou de lignes de grains, en relation avec un front froid marqué par sa structure verticale, il existe bien une occultation dissymétrique de cette dimension. Par conséquent l’approximation hydrostatique, ne se justifie pas toujours, en particulier en présence d’un phénomène de changement brutal du temps.


L’approximation des gaz parfaits est systématique ; pourtant un air humide en présence de noyaux  glaciogènes  (30)  forme  un  air  instable  dans  sa  composition,  et  donc  pour  ses  propriétés physicochimiques.  Les  recombinaisons  moléculaires  contredisent  le  principe  de  conservation  lié  au modèle  « gaz  parfait ».  Les  précipitations  engendrées  lors  des  orages  ou  des  cyclones  libèrent  une énergie  thermique  faramineuse.  La  présence  de  gaz  soluble  issus  des  volcans,  de  la  biomasse,  de l’activité humaine entraîne des changements d’état et incertitudes sur les mouvements atmosphériques de matière et d’énergie (31). L’atmosphère ne se comporte pas comme un gaz parfait dans toutes les situations ;  celles  qui  justement  nous  incitent  à  la  prudence,  lors  des  tempêtes  notamment  ou  des canicules où les recombinaisons sont importantes à cause de la chaleur ou de rayons plus énergétiques. Du reste, l’atmosphère est bien plus instables quand il fait chaud (orages, tornades, trombes), ce qui peut  aussi  induire  une  méprise  entre  instabilité  liée  à  une  grande  chaleur  ou  instabilité  liée  à  la dynamique engendrée par une masse d’air relativement plus froide qui propulse en altitude des masses d’air plus humides. Matière à réflexion sur ce que sont les phénomènes réels de changement de temps. De  plus,  la  question  des  gaz  à  effet  de  serre,  dont  le  plus  important  reste  la  vapeur  d’eau, multifonctionnelle  (absorption  spectrale,  thermique),  est  sous-jacente  quand  il  s’agit  de  tirer  des conclusions sur le climat. La composition de l’atmosphère est bien plus importante pour les modèles.


Pour l’approximation géostrophique, la rotation de la Terre et la vitesse de déplacement des  masses d’air à l’échelle planétaire induit une force apparente liée au changement de repère, manifeste dans l’écoulement des masses d’air qui apportent beau temps ou tempêtes. Cette force qui dépend de la latitude et de la vitesse de la masse d’air est souvent négligée en zone polaire, loin de tout ; mais les vents  catabatiques  qui  y  sont  présents  peuvent  prendre  des  valeurs  considérables  (jusqu’à  300km/h), générant des forces de frictions actives dans la « couche limite » ! La trajectoire initiale de ces masses d’air  n’est-elle  pas  déviée différemment?  Quelle  considération  faite  des  masses  d’air  des  calottes polaires ; pauvre en stations de mesure? L’interpolation des mesures sur une grille, même dense, est un autre problème que les interprétations par mesure satellitaire ne font pas totalement disparaître. 

 

L’approximation orbitale : Comme repère galiléen, considère-t-on que la Terre elle-même est en  binôme  avec  la  Lune?  L’axe  de  rotation  est  décalé  en  direction  de  la  Lune  à  proportion  de  leur masse. Cet écart n’induit-il pas des mouvements atmosphériques prévisibles en phase avec la Lune ? L’orbite inclinée de la Lune sur l’écliptique l’a fait paraître à des hauteurs différentes sur l’horizon. Par conséquent, périodiquement, il est naturel de penser que cela peut avoir une incidence sur la trajectoire de masses d’air dont la masse totale doit bien avoir une influence quant à la latitude atteinte, et donc au temps constaté pour une latitude. Les cycles comme celui du Saros de 223 lunaisons en lien avec des « désastres » liés aux éclipses pourrait prendre tout leurs sens.

 

Le  postulat  de  l’homogénéité  de  l’atmosphère  est  détruit  dès  qu’on  ressent  le  passage  d’un  front froid avec orage, grêle ou forte précipitation pluvieuse ou neigeuse (pensons au climat de la Roumanie (32) ). Hiver ou été, l’air avant le front ou après celui-ci est tellement différent : écarts de température (sans   parler   de   Mongolie),   humidité,   pression,   transparence   le   prouvent   à   l’approche   des « perturbations » :  l’homogénéité  atmosphérique  est  illusoire.  L’atmosphère  n’est  pas  réellement  un milieu  non  confiné  puisque  lié  à  une  gravité  et  une  orographie  contraignante  à  cette  échelle ;  par conséquent  la  variation  de  densité  des  masses  d’air  en  mouvement  peut  difficilement  être  assimilée nulle  selon  des  critères  de  Boussinesq.  Utilisés  dans  les  modèles,  cette  approximation  tient l’atmosphère pour un fluide au comportement « incompressible », contredit par l’observation. 
 
3.  Prise de recul méthodologique: Boire à plusieurs sources
 
S’autoriser à parler de modèles sans équations est risqué, hors des écoles de la météorologie, il n’est possible qu’effleurer les développements de cette science par le sens plus que la technique. La capacité du chercheur isolé est limitée pour appréhender avec précision les ordres de grandeurs et les axes  de  recherches  en  cours.  Mais  ce  n’est  pas  un  tabou  de  discuter  avec  ces  moyens  humains  et budgétaires. Seulement est-il possible d’apporter la vision d’un praticien de la météorologie, nourri de plusieurs sources scolastiques, qui doivent pouvoir se compléter afin de compréhension des climats: la physique et la géographie. Beaucoup reste à faire pour construire cette climatologie concrète… avec conviction. 
 
4.   Conclusion : Pour une climatologie concrète
 
L’étude de cas montre sans être exhaustive que la compréhension des phénomènes extrêmes est inachevée. L’analyse des approximations, à compléter, montre que des progrès peuvent être faits pour prendre   en   compte dans   les   itérations   des   modèles,   des   phénomènes   physicochimiques   et géographiques  avec  moins d’inertie  conceptuelle.  Nous  nous  devons  d’être  plus  efficaces pour améliorer la prévision des phénomènes  extrêmes et éviter autant de victimes que possible; qui semblent être annoncées inéluctablement plus nombreuses ; à une échelle irrémédiablement globale et à un terme qui  semble  se  rapprocher  dangereusement.  L’application  aux modèles  climatiques  pourrait  aussi surprendre ! Si la finalité de la météorologie est de prévoir, celle de la climatologie est de comprendre. L’exploitation   des   équations   fondamentales   des   modèles   météorologiques et climatologiques, indissociables,  peut  être  revisitée  et  affinée  notamment  la  justification  de  toutes  les approximations. J’invite donc chacun à y réfléchir selon sa discipline pour que cette recherche fructifie. L’expert de la modélisation, sorcier moderne, peut-il encore vivre « hors sol », dans les vapeurs atmosphériques de sa bulle fonctionnarisée, hors de la réalité ressentie et observable de son objet d’étude ? Etre concret : un enseignements insufflé par le Professeur Leroux, disparu l’été dernier. 
 
Bibliographie
 
1  Météo France, Rapport recherche & développement 2007, 64 p.
2  Une  survivante  de  plus  par  rapport  au  bilan  officiel  du  18  septembre  2007,  ayant  manqué  l’avion
(communication personnelle : Yves Pomel sur place le jour du drame).
3  Viaut A, 1956. La météorologie du navigant, Paris, Ed. Blondel la Rougerie, 284 p. + cartes d’application. Extrêmes climatiques : génèse, modélisation et impacts
4  Vaziaga (Lieutenant de Vaisseau), 1947. Manuel du navigateur aérien, Paris, Ed. Blondel La Rougerie, 333 p.
5  Inst. franç. de rech. pour l’exploitation de la mer : http://www.ifremer.fr/web-com/stw2008/rw/schedule.html
6  Une association de familles de marins péris en mer: http://www.crefmpm.com/article.php3?id_article=134
7  Institut Français de la Mer : http://ifm.free.fr/htmlpages/pdf/2007/479-vague.pdf
8  Commission d’enquête technique sur les causes du naufrage du « Joola », 4 novembre 2002, Dakar.
(www.kassoumay.com/joola/rapport.pdf; et l’encyclopédie en ligne fr.wikipedia.org/wiki/Joola)
9  Dujardin B., 2004 : Sécurité maritime et tiers-monde, La leçon du Joola, La Revue Maritime, 464,
Institut Français de la Mer (http://ifm.free.fr/htmlpages/pdf/2004/464-joola-dujardin.pdf)
10  Lombard  J.,  2003 :  Sénégal  :  des  dérives  du  système  des  transports  à  la  catastrophe  du  Joola ;  édition
numérique -Afrique contemporaine 2003- 3 (207), page 165-184.
11  Extraits du quotidien sénégalais Wal Fadjri, 30 septembre 2002.
12  Commission militaire du Joola sur http://www.kassoumay.com/joola/Rapport%20Expertise%20France.pdf
13  Le nouveau cours des Glénans, 1999, Paris, 5 ème  éd. du Seuil (1 ère  1961-2), 1247 p.
14  Lombard J., 2005 : « Continuités ou ruptures territoriales au Sénégal : au risque du transport ? »,
Les Cahiers d’Outre-Mer, 229, Janvier-Mars 2005, en ligne sur http://com.revues.org/index267.html
15  Leroux  M.,  1996  -  La  dynamique  du  temps  et  du  climat.  Collection  «Enseignement  des  Sciences
de  la  Terre»,  310  p.  Editions  Masson,  Paris.  2000  -  2 e   édition,  revue  et  augmentée  collection :
Masson Sciences, Dunod Ed., Paris, 366 p
16  http://www.boneteau.com/UserFile/File/ACTUALITES/Fastnet_Courrier_2007.pdf
17  Observations personnelles sur plusieurs décennies de mon père agriculteur en Auvergne en zone montagne.
18  Site de la vallée de Chamonix : chamonix.com avec publicité singulière de skieurs en plein hors piste. 
19  Institut pour l’étude de la neige et des avalanches de Davos : 
http://www.slf.ch/lawineninfo/zusatzinfos/interpretationshilfe/interpretationshilfe_f.pdf
20  Levallois J-J, 1988 : Mesurer la Terre (300 ans de géodésie française — De la toise du Châtelet au
satellite), Assoc. Franç. de topographie Presses de l'École Nat. des Ponts & Chaussées, 389 + cartes.
21  Voir De l’ellipsoïde au géoïde sur wikipedia.org utilisant la référence précédente de Levallois.
22  Favre  Alice,  2007 :  Influence  de  l’activité  dépressionnaire  /  anticyclonique  des  moyennes  latitudes  du
Pacifique  Nord  sur  les  températures  et  les  précipitations  hivernales  en  Amérique  du  Nord-Ouest,  thèse  de
l’université de Bourgogne, Dijon.
23  Pommier A., 2005 : Analyse objective de la dynamique aérologique de basses couches dans l’espace atlantique
nord : mécanisme et évolution de 1950 à 2000, Thèse, 9 décembre 2005, Université de Lyon, 316 p.
24  Voir un exemple parmi tant d’autres sur http://fr.allmetsat.com/images/afwa_natl_ani.php
25  Sègerie N., Le dilemme entre facteur anthropique et naturel dans le changement climatique : Pour
un  recadrage  astronomique,  Symposium  international  Géotunis  2008  («Gestion  des  ressources
naturelles  et  étude  de  l’impact  du  changement  climatique  avec  les  SIG,  des  sciences  et  des
technologies de l’espace. »  à Tunis 26-30 novembre 2008 ; en ligne sur http://www.geotunis.org)
26  Ramade F., 1987 : Les catastrophes écologiques, Paris, Ed. Mc Graw-Hill, 317 p.
27  http://www.meteo-marine.com/meteo_marine/pilot_charts.htm et sur http://www.nga.mil
28  Sègerie N., (en préparation) : « Expérimentation sur le transfert méridien en milieu atlantique »).
29  Météo France, Rapport d’activité 2007, 88 p.
30  Climat : le dossier vérité, Sciences et vie n°240, Hors série, septembre 2007, 162 p.
31  Comby J., 1997 : A propos des brouillards lyonnais, Lyon, Revue de géographie de Lyon, vol 72 4/97, p.333-7
32  Aubert  S.,  2007 :  La  dynamique  du  temps  et  le  climat  de  la  Roumanie,  Thèse  en  Lettres  spécialité 
Géographie ‐ Géographie et aménagement, soutenue le 14 décembre 2007, Université de Lyon. 

NB: Ce texte mériterait une mise à jour et de nombreux compléments, vu l'actualité des risques ces dernières années. Il serait intéressant d'analyser la réaction à chaud en septembre 2009 de certains membres de l'Association Internationale de Climatologie.

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Publié par Nicolas Sègerie

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  • : Laboratoire Pluridisciplinaire Giordano Bruno (édition de Nicolas Sègerie)
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  • : Un laboratoire scientifique indépendant dont les axes de recherches concernent:les polémiques du "réchauffement climatique";Les climatosceptiques;la théorie des Anticyclones Mobiles Polaires;les risques liés à la pollution atmosphériques; d'autres risques géophysiques et anthropiques...Son siège est à Lyon en France.
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  • Cette structure de recherche et de documentation scientifique est de forme associative.
Sa vocation est la compréhension et la diffusion de thèmes de recherches qui ne peuvent se développer dans les contextes défavorables sous influences de lobbys.
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