Un laboratoire scientifique indépendant dont les axes de recherches concernent:les polémiques du "réchauffement climatique";Les climatosceptiques;la théorie des Anticyclones Mobiles Polaires;les risques liés à la pollution atmosphériques; d'autres risques géophysiques et anthropiques...
Publié dans Geographia Technica, Université de Cluj-Napoca, Roumanie, Numéro spécial, 2009, p.431-436.
http://geografie.ubbcluj.ro:8010/AIC/pdf/73_n._segerie_-_la_surprise_des_ecarts_de_prevision_des_extremes_meteo-climatiqu.pdf
LA SURPRISE DES ECARTS DE PREVISION DES EXTREMES METEO-CLIMATIQUES : POUR UN RECUL PHENOMENOLOGIQUE.
Nicolas SÈGERIE
Laboratoire Pluridisciplinaire Giordano Bruno,
33, rue Sœur Janin, 69005 Lyon, France,
labo-giordano-bruno@orange.fr
Avec mes remerciements au professeur Ionel Haidu, de la faculté de géographie de l'Université de Cluj-Napoca, qui a dirigé cette publication et organisé ce congrès en climatologie.
Résumé : Les équations de l’atmosphère utilisées pour les modèles météorologiques se basent sur la mécanique des fluides et la thermodynamique.
Pour tenir compte de simplifications conceptuelles et de la puissance de calcul nécessaire pour la densité du maillage spatial et
temporel, il a été procédé à des approximations. Mais sont-elles toujours valides pour les conditions extrêmes ? La connaissance théorique des phénomènes à toutes les échelles est perfectible en
tenant compte de toutes les observations en perpétuel renouvellement. Cependant, des modèles conceptuels anciens, justifiés à leur époque,
ont influencé, voire conditionné jusqu’à nos jours, notre cognition de la météorologie et de la climatologie. L’analyse d’épisodes de phénomènes extrêmes ayant
donné lieu à des catastrophes liées aux conditions météorologiques, et mettant en jeu des prévisions, permet de relever des irrégularités dans la conception
habituelle des modèles. C’est pourquoi, nous proposons une sélection d’analyses sur quelques approximations pour
redynamiser la réflexion sur la modélisation dans un sens plus phénoménologique.
Mots clés : climat, modèle, perception du risque, prévision
Abstract: Surprise of predictions for the extremes weather and climatic: back to the
phenomenology. The equations of the atmosphere used for meteorological models are based on fluid mechanics and thermodynamics. To take account of conceptual simplifications and the
computing power necessary for the density of spatial and temporal, it was carried out approximations. But are they still valid
for extreme conditions? The theoretical
knowledge of the phenomena at all scales can be improved taking into account all the observations in perpetual
renewal. However, conceptual models of old, justified in their time, have influenced or conditioned to the present
day, our cognition of meteorology and climatology. The analysis of episodes of extreme events which
led to
disasters related to weather conditions, and involving predictions, used to identify deficiencies in the design of
the usual models. Therefore, we propose a selection on some analytical approximations to reinvigorate the
debate on modelling in a more phenomenological.
Key word : climate, the model, perceived risk, forecast-
1. Problématique à partir de prévisions météorologiques catastrophiques.
Constat aéronautique: Un facteur météorologique d’accidentologie en aéronautique existe au décollage ou à l’atterrissage (1). Les pilotes sont entraînés à atterrir en toutes conditions, et le surcoût éventuel d’un changement de plan de vol incite à une prise de risque, limitée ou périlleuse.
C’est le cas de l’avion en provenance de Bangkok le 16 septembre 2007 qui a atterri à Phuket en Thaïlande sous une pluie battante et un vent fort, malgré l’avis du pilote puisqu’il voulait « une autorisation de faire avorter l’atterrissage » ; aquaplaning faisant 88 morts pour 42 rescapés (2). Les long-courriers, lourds, ont la durée du vol suffisante pour créer les conditions de surprise à l’arrivée entre situation prévue et effective. Une fois en l’air, le déroutage n’est pas toujours consenti pour un mauvais temps, coutumier.
Contrairement à ce pilote d’une compagnie pourtant « à bas coût », qui le 19 décembre 2008 a préféré revenir à son aéroport de décollage de Cardiff que d’atterrir dans le brouillard à Paris-CG « pour cause d’insuffisance de formation » ; passagers sains et saufs. Dans aucun des cas ne s’est réalisé le prévu !
Brouillard, précipitations, zone orageuse, foudroiement, vent latéral ou de cisaillement, la traversée d’un front fait déjà courir de vrais
risques aux abords de l’aéroport (3; 4). Ainsi, le 11 juin 2008 à Khartoum au Soudan, un avion s’est posé avec une forte tempête, faisant 29 morts pour 171 rescapés. Qu’attend-on
de modèles météorologiques ? Comment intégrer l’erreur humaine?
Pensons au vol Rio - Paris AF447 qui a voulu traversé une zone de grain atlantique prévue comme "innofensive" et qui s'est abîmé en mer le 1er juin 2009. Les sondes Pitot, seules incriminées, sont bien insignifiantes devant un tel processus de prévision. (paragraphe complété pour la compréhension).
Constat en navigation maritime ou de plaisance:
Observons des exemples d’appareillages de bâtiments maritimes, avec des procédures de sécurité et de prises de décisions réglementées, et pourtant sanctionnées par des naufrages.
Certaines routes sont-elles économiques lors de pertes telles l’Erika (12/12/99) ; du Prestige (13/11/02) qui a mobilisé les services de prévision de plusieurs
pays ; du SMC Napoli (18/01/07)?
Quatre cargos à la fois dans le détroit de Kertch en Mer Noire (11/11/07) sombrés malgré prévisions et avertissements.
La plateformes pétrolière Ocean Ranger a sombrée corps et biens au large de Terre Neuve en 1982 ; les vagues scélérates ont généré du
scepticisme ou de l’ironie car imprévues, non comprises. Elles
dégradent encore plateformes et navires ; au large de l’Afrique du sud, partiellement expliquées (5),
mais aussi vers Ouessant comme pour le Pont-Aven le 21 mai 2007, proche du solstice.
Un modèle de probabilité de périodes de retour sera-t-il suffisant pour expliquer la non linéarité de ces vagues (6; 7) ?
Le ferry sénégalais Le Joola, a appareillé le 26 septembre 2002 de Ziguinchor, pour Dakar (8). Prévu pour 550, il embarque surchargé ;
passe l’embouchure de la Casamance. « Le temps est calme et pluvieux ». Un grain tropical « aurait été
détecté au radar par le personnel» qui atteint le Joola par le travers tribord, il gîte sur bâbord et il chavire très rapidement au large de la
Gambie. Le naufrage fera 104 rescapés pour 1863 noyés (9). Le rapport d’enquête sénégalais conclue que le chavirement
vient du dossier de stabilité. Les causes avancées sont nombreuses, mais peut-on y ajouter les conditions météorologiques ? De beau, le temps s’est
rapidement dégradé. Voila les propos rapportés (10): « [---] il y a eu subitement plus de vent. Un fort vent latéral qui a pris le bateau. On a constaté une accentuation
du tangage. Le bateau s’est levé, n’est pas revenu à sa position normale et
s’est renversé doucement, tout doucement […] Cela s’est passé très vite, le bateau s’est retourné en quelques minutes (11)". Le rapport de la
commission militaire du Joola (12) « souligne que le matériel de secours n’a pas été déclenché, preuve
que l’équipage a été surpris par l’événement » « Les prévisions météorologiques faisaient certes état pour la zone, « de fortes pluies, orages, vents
très forts de 20 à 40 noeuds pendant 15 à 30 minutes », mais n’étaient pas même
diffusées par la station radio maritime de Dakar et par ailleurs, n’annonçaient pas un temps «non maniable» pour ce navire qui avait [---] déjà rencontré des circonstances
comparables, voire plus dures. ». Le ferry était déjà engagé, mais tout marin sait que le temps peut changer…vite (13).
Les services compétents auraient agit si la force de ce « grain » avait été pronostiquée. Dans la région tout le monde savait que le Joola
embarquait de la sorte et ce drame prévisible (14).
Par conséquent, il faut envisager que le phénomène de grain tropical soit mal compris. L’alizé les amène qui vont nourrir les cyclones dans les Antilles. La période la plus intense est de mi-août à mi-octobre, mais s’étend de juin à novembre comme en 2008. Ce drame se situe au cœur de cette période signifiante de phénomènes climatiques globaux (15).
Un autre exemple significatif est le cas du ferry Samson, qui reliait l’île d’Anjouan des Comores à Madagascar. Le 6 mars 2004, le Samson a quitté le port de Mutsamudu avec à son bord 120 personnes (le double ?). « Victime des vents violents engendrés par le cyclone Gafilo, il a chaviré --- ». Comment expliquer qu’un armateur s’engage en laissant appareiller un bâtiment avec un cyclone en vue? Gafilo a également provoqué le naufrage d'un bateau de pêche industrielle, le "Véga 9", dont treize des quinze occupants sont portés disparus, un seul a survécu. Or les marins sont expérimentés sur les conditions de pêche de leur zone. Comment ont-ils pu s’aventurer en mer ce jour-là ?
Des centainesd’autres décès et 200 000 sinistrés seront touchées à Madagascar par ce cyclone malgré l’alerte. Il y eut un grand écart de prévision car le
cyclone a même rebroussé chemin. Un autre bateau comorien le
''Niati-Soifat'' de l’île de Mohéli a aussi coulé le 27 juillet 1996 dans des circonstances non élucidées
avec une cinquantaine de victimes pour une centaine de passagers à bord.
La course nord Atlantique du Fastnet 1979 où en plein été, le 13 août, les voiliers engagés ont été avec de nombreux vacanciers pris
dans une dépression dévastatrice qui a fait de nombreuses victimes pourtant très aguerries. Sur 303
bateaux, peu finiront ; plus de 140 personnes seront secourues ; 15 navigateurs perdront la vie. L’association des cap-horniers commente : « [---] La BBC
parle de force 8 imminent sur [---] les zones où doit passer la course. Le centre dépressionnaire
d'après les positions données devait passer au nord de l'Irlande, or il a changé de route vers le Sud et passe au milieu de la mer d'Irlande puisqu'un bateau dans la nuit du lundi au mardi
restera pendant dix minutes sans vent sur une mer très forte, puis se retrouvera dans un vent de
force 9 à 10 en quelques instants, ce qui est le signe du passage du centre de la dépression
». Et d’une grande
surprise ! « Les prévisions météo ont été dépassées. C'est très possible en été, depuis deux jours nous vivions dans une masse d'air chaud, alors qu'une masse d'air polaire avait envahi la haute
atmosphère ; le conflit air chaud/air froid a fait se resserrer le gradient et des vents dépassant les prévisions ont soufflé sur la zone de la course. ». Si les prévisions paraissaient
balbutiantes, en 2007 les équipages ont appréhendés la même situation (16).
Des risques sous-estimés, trajectoires, intensités et nature de phénomènes reproductibles mal assimilés.
Constat en agriculture : Les cultivateurs sont les premiers météorologues: à se transmettre une tradition « d’empirisme expert ». Là comme en navigation à la voile, l’observation in situ d’un vieux baromètre pratiquée quotidiennement peut-être très fiable (17) ; qui gagnerait à s’associer à des prévisions à une échelle continentale. Pourtant ces méthodes sont dénigrées puisque 9 sur 10 des exploitants agricoles utilisent d’autres prévisions. Problèmes d’adaptations ou d’étalonnage : des surprises : perte de fourrage, destructions avant récolte. L’objectivité paysanne s’est effritée en même temps, ce que confirment les demandes de dédommagements aux assurances ou à l’Etat au titre des « catastrophes naturelles ». Paradoxalement, le « changement climatique » serait causé par l’homme.
Activités de plein air : tel le drame du Drac le 4 décembre 1995, cette rivière du Sud de la France où 6 enfants et leur accompagnatrice venus là en « classe
verte » se sont fait emportés par une crue de décharge d’un barrage hydroélectrique. Quel risque sur le barrage ou contrainte justifie ce rare péril ?
A Strasbourg, le 6 juillet 2001, un spectacle était prévu en plein air, malgré une prévision de « mauvais » temps et plusieurs alertes « d’épisodes très orageux », un violent
coup de vent associé au maintien de la manifestation a occasionné 13 morts et une centaine de blessé quand un arbre centenaire s’est écroulé sur la tente où s’étaient abrités les quelques 120
spectateurs. La prévision donnait-elle une information sans ambiguïté de vigilance ? Etait-elle bien calibrée en intensité ? Cet événement aura des conséquences sur la communication de Météo
France engagée dans sa responsabilité. Mais est-ce que pour autant la compréhension du phénomène de ce risque et son amplitude aura été mieux ciblée ?
En montagne, malgré la présence de service de prévision adapté au milieu, comme dans les Alpes avec Météo Chamonix, les touristes de
la neige sont attirés justement lorsque la menace d’avalanche est là, par un beau soleil tentant après une précipitation neigeuse abondante (18). Si
règles de survie et dissuasion du hors piste sont activées lors des alertes, chaque année fait son
lot de malheureux.
L’avalanche du 21 février 1999 à Evolène dans le Valais Suisse fait douze victimes dont une famille décimée dans un chalet réduit en confettis. La risque d’avalanche était au niveau maximal 5/5 (19) sur la région, 4 sur le village, mais la sécurité civile n’y a pas cru. Après des chutes abondantes, le redoux inquiétant s’était installé. Ce risque exceptionnel rappelle qu’une procession au village commémore une autre cinquantaine de victimes en 1827. Alors à quoi bon comprendre comment le temps météorologique évolue si ce n’est pas pour anticiper les moments cruciaux de risque ! L’abondance fait suite à un phénomène important en énergie de déplacement d’un front : le beau temps qui suivra sera à la mesure du phénomène, intense et donc dangereux. La dynamique du temps est ici en jeu, plus que l’imprudence des skieurs ou le niveau de vigilance affichée. Le centre de la neige de Davos [id] constate que le nombre de victimes n’est pas cohérent à celui de danger.
A l’heure où j’écris ces lignes, lundi de Pâques: 3 morts emportés par une avalanche en Queyras, danger de niveau seulement 3/5 !
Pêcheurs, plaisanciers, montagnards, paysans, touristes ou transporteurs, la vigilance repose sur le crédit apportés aux centres de
prévision et donc aux modèles réputés performants. La médiatisation des prévisions s’est vulgarisée aussi vite
que le développement des techniques et des données. La résonance internationale du « changement climatique
» activement débattu à toutes les échelles incitent les utilisateurs de prévisions météorologiques une marche à suivre « à n’en pas douter », et pourtant…
2. Analyse d’approximations de modélisation:
Nous allons ici, comme géographe ou physicien plus qu’analyste numérique, essayer de comprendre quels seraient
les éléments théoriques de la construction des modèles qui pourraient intervenir dans cet écart avec la
réalité. Les équations de l’atmosphère font intervenir les volumes élémentaires d’une échelle millimétrique avec une période de stabilisation de
l’ordre d’un dizième de seconde ; tel un fluide confiné où la thermodynamique implique pression et température uniforme. Ce n’est plus le cas à l’échelle globale.
La conservation de l’énergie concerne l’énergie cinétique, l’énergie interne, la pesanteur. Celle-ci varie avec l’altitude et la latitude (20). Sans l’approximation faite sur la forme elliptique de la terre, est modifiée de peu l’inertie sur la sphère horizontale liée à l’hydrostatique. La variation de pesanteur sur ces masses d’air considérables, tenant compte de l’altitude des inlandsis et du géoïde, représente une force qui tend à altérer sa trajectoire méridienne en se rapprochant de l’équateur (22; 23). Les masses d’air peuvent ainsi s’étendre plus méridionalement que prévu. Lorsqu’elles se transforment en cyclones, l’effet de surprise est garanti. La géosphéroïcité interroge sur l’approximation synoptique.
Le régime laminaire supposé pour l’écoulement à l’échelle planétaire est contredit par l’observation
satellitaire de phénomènes turbulents à l’échelle globale (24) où nous observons ces vents de dégagement devant la progression des fronts froids. Ils prennent quelle que soit la latitude une
allure tempétueuse, sources de dégâts cités plus haut. Considérer laminaire tout mouvement atmosphérique interdit d’envisager des perturbations à une échelle intermédiaire sur les pressions, et
donc des vents locaux. Mais dans les cas de catastrophes qui nous ont préoccupés, la turbulence était d’un ordre de grandeur hémisphérique. Ces vents apportent
une réponse quantitative majeure à la question du transfert énergétique méridien, issu de la dynamique
planétaire d’équilibre thermique entre pôles et zone intertropicale, principe même de toute climatologie. Ces vents concernent nos incompréhensions.
Une discussion sur les facteurs externes du climat peut s’engager pour modéliser l’énergie interne (25) (cycles solaires, rayons cosmiques, chaleur interne) et sur les interactions (volcans, biomasse, nébulosité, albédo). La circulation en cellules selon les étages latitudinaux, devrait pouvoir être manifestée par le transport de matière accumulée selon la dynamique de ces cellules. Or le constat est bien établi que par exemple la pollution globale prend la direction des pôles, mesurée dans les tissus des animaux, les lichens ou les glaces (26). En outre, la recherche de discontinuité à la supposée naissance des alizés n’est pas constatable par les faits puisque il y a continuité de flux de la circulation des masses d’air depuis aussi loin que l’on veut en latitude vers la zone de convergence intertropicale [opus cités Favre, Pommier]. Si les explorateurs au long court avaient atterris et colonisé le Spitzberg plutôt que les Antilles, la démonstration serait faite ; ce que confirment les éditions déjà anciennes des « pilots charts » (27) ou l’expérimentation faite pendant une transatlantique à la voile (28).
Sur le plan vertical, l’approximation hydrostatique courante dans la plupart des modèles (29) considère la vitesse de déplacement vertical négligeable par rapport aux
vitesses horizontales. Or les praticiens de l’air savent qu’il est impérieux de ne pas s’engager dans une zone
convective où l’ascension peut être mortelle. Les vents thermiques sont suffisants aux sportifs. A l’approche
des orages, ou de lignes de grains, en relation avec un front froid marqué par sa structure verticale, il existe bien une occultation dissymétrique de cette dimension. Par conséquent
l’approximation hydrostatique, ne se justifie pas toujours, en particulier en présence d’un phénomène de changement brutal du temps.
L’approximation des gaz parfaits est systématique ; pourtant un air humide en présence de noyaux glaciogènes (30) forme un air instable
dans sa composition, et donc pour ses propriétés physicochimiques. Les recombinaisons moléculaires contredisent le
principe de conservation lié au modèle « gaz parfait ». Les précipitations engendrées lors des orages ou
des cyclones libèrent une énergie thermique faramineuse. La présence de gaz soluble issus des volcans, de
la biomasse, de l’activité humaine entraîne des changements d’état et incertitudes sur les mouvements atmosphériques de matière et d’énergie (31). L’atmosphère ne se comporte pas
comme un gaz parfait dans toutes les situations ; celles qui justement nous incitent à la prudence, lors des tempêtes
notamment ou des canicules où les recombinaisons sont importantes à cause de la chaleur ou de rayons plus énergétiques. Du reste, l’atmosphère est bien plus instables quand il fait
chaud (orages, tornades, trombes), ce qui peut aussi induire une méprise entre instabilité liée à une grande chaleur
ou instabilité liée à la dynamique engendrée par une masse d’air relativement plus froide qui propulse en altitude des masses d’air plus humides. Matière à réflexion sur
ce que sont les phénomènes réels de changement de temps. De plus, la question des gaz à effet de serre, dont le plus
important reste la vapeur d’eau, multifonctionnelle (absorption spectrale, thermique), est sous-jacente quand il
s’agit de tirer des conclusions sur le climat. La composition de l’atmosphère est bien plus importante pour les modèles.
Pour l’approximation géostrophique, la rotation de la Terre et la vitesse de déplacement des masses d’air à l’échelle planétaire induit une force apparente liée au
changement de repère, manifeste dans l’écoulement des masses d’air qui apportent beau temps ou tempêtes. Cette force qui dépend de la latitude et de la vitesse de la masse d’air est souvent
négligée en zone polaire, loin de tout ; mais les vents catabatiques qui y sont présents peuvent prendre des valeurs
considérables (jusqu’à 300km/h), générant des forces de frictions actives dans la « couche limite » ! La trajectoire initiale de ces masses d’air n’est-elle pas
déviée différemment? Quelle considération faite des masses d’air des calottes polaires ; pauvre en stations de mesure? L’interpolation des
mesures sur une grille, même dense, est un autre problème que les interprétations par mesure satellitaire ne font pas totalement disparaître.
L’approximation orbitale : Comme repère galiléen, considère-t-on que la Terre elle-même est en binôme avec la Lune? L’axe de rotation est décalé en direction de la Lune à proportion de leur masse. Cet écart n’induit-il pas des mouvements atmosphériques prévisibles en phase avec la Lune ? L’orbite inclinée de la Lune sur l’écliptique l’a fait paraître à des hauteurs différentes sur l’horizon. Par conséquent, périodiquement, il est naturel de penser que cela peut avoir une incidence sur la trajectoire de masses d’air dont la masse totale doit bien avoir une influence quant à la latitude atteinte, et donc au temps constaté pour une latitude. Les cycles comme celui du Saros de 223 lunaisons en lien avec des « désastres » liés aux éclipses pourrait prendre tout leurs sens.
Le postulat de l’homogénéité de l’atmosphère est détruit dès qu’on ressent le passage d’un
front froid avec orage, grêle ou forte précipitation pluvieuse ou neigeuse (pensons au climat de la Roumanie (32) ). Hiver ou été, l’air avant le front ou après celui-ci est tellement
différent : écarts de température (sans parler de Mongolie), humidité, pression, transparence le
prouvent à l’approche des « perturbations » : l’homogénéité atmosphérique est illusoire. L’atmosphère n’est pas
réellement un milieu non confiné puisque lié à une gravité et une orographie contraignante à cette
échelle ; par conséquent la variation de densité des masses d’air en mouvement peut difficilement être
assimilée nulle selon des critères de Boussinesq. Utilisés dans les modèles, cette approximation tient l’atmosphère pour un
fluide au comportement « incompressible », contredit par l’observation.
3. Prise de recul méthodologique: Boire à plusieurs sources
S’autoriser à parler de modèles sans équations est risqué, hors des écoles de la météorologie, il n’est possible qu’effleurer les développements de cette science par le sens plus que la
technique. La capacité du chercheur isolé est limitée pour appréhender avec précision les ordres de grandeurs et les axes de recherches en cours. Mais ce
n’est pas un tabou de discuter avec ces moyens humains et budgétaires. Seulement est-il possible d’apporter la vision d’un praticien de
la météorologie, nourri de plusieurs sources scolastiques, qui doivent pouvoir se compléter afin de compréhension des climats: la physique et la géographie. Beaucoup reste à faire pour construire
cette climatologie concrète… avec conviction.
4. Conclusion : Pour une climatologie concrète
L’étude de cas montre sans être exhaustive que la compréhension des phénomènes extrêmes est inachevée. L’analyse des approximations, à compléter, montre que des progrès peuvent être faits pour
prendre en compte dans les itérations des modèles, des phénomènes
physicochimiques et géographiques avec moins d’inertie conceptuelle. Nous nous devons d’être plus efficaces pour améliorer la
prévision des phénomènes extrêmes et éviter autant de victimes que possible; qui semblent être annoncées inéluctablement plus nombreuses ; à une échelle irrémédiablement globale et à un
terme qui semble se rapprocher dangereusement. L’application aux modèles climatiques pourrait aussi surprendre ! Si la finalité de la
météorologie est de prévoir, celle de la climatologie est de comprendre. L’exploitation des équations fondamentales des
modèles météorologiques et climatologiques, indissociables, peut être revisitée et affinée notamment la justification de
toutes les approximations. J’invite donc chacun à y réfléchir selon sa discipline pour que cette recherche fructifie. L’expert de la modélisation, sorcier moderne, peut-il encore vivre «
hors sol », dans les vapeurs atmosphériques de sa bulle fonctionnarisée, hors de la réalité ressentie et observable de son objet d’étude ? Etre concret : un enseignements insufflé par le
Professeur Leroux, disparu l’été dernier.
Bibliographie
1 Météo France, Rapport recherche & développement 2007, 64 p.
2 Une survivante de plus par rapport au bilan officiel du 18 septembre 2007, ayant manqué
l’avion
(communication personnelle : Yves Pomel sur place le jour du drame).
3 Viaut A, 1956. La météorologie du navigant, Paris, Ed. Blondel la Rougerie, 284 p. + cartes d’application. Extrêmes climatiques : génèse, modélisation et impacts
4 Vaziaga (Lieutenant de Vaisseau), 1947. Manuel du navigateur aérien, Paris, Ed. Blondel La Rougerie, 333 p.
5 Inst. franç. de rech. pour l’exploitation de la mer : http://www.ifremer.fr/web-com/stw2008/rw/schedule.html
6 Une association de familles de marins péris en mer: http://www.crefmpm.com/article.php3?id_article=134
7 Institut Français de la Mer : http://ifm.free.fr/htmlpages/pdf/2007/479-vague.pdf
8 Commission d’enquête technique sur les causes du naufrage du « Joola », 4 novembre 2002, Dakar.
(www.kassoumay.com/joola/rapport.pdf; et l’encyclopédie en ligne fr.wikipedia.org/wiki/Joola)
9 Dujardin B., 2004 : Sécurité maritime et tiers-monde, La leçon du Joola, La Revue Maritime, 464,
Institut Français de la Mer (http://ifm.free.fr/htmlpages/pdf/2004/464-joola-dujardin.pdf)
10 Lombard J., 2003 : Sénégal : des dérives du système des transports à la catastrophe du Joola
; édition
numérique -Afrique contemporaine 2003- 3 (207), page 165-184.
11 Extraits du quotidien sénégalais Wal Fadjri, 30 septembre 2002.
12 Commission militaire du Joola sur http://www.kassoumay.com/joola/Rapport%20Expertise%20France.pdf
13 Le nouveau cours des Glénans, 1999, Paris, 5 ème éd. du Seuil (1 ère 1961-2), 1247 p.
14 Lombard J., 2005 : « Continuités ou ruptures territoriales au Sénégal : au risque du transport ? »,
Les Cahiers d’Outre-Mer, 229, Janvier-Mars 2005, en ligne sur http://com.revues.org/index267.html
15 Leroux M., 1996 - La dynamique du temps et du climat. Collection «Enseignement des Sciences
de la Terre», 310 p. Editions Masson, Paris. 2000 - 2 e édition, revue et augmentée collection
:
Masson Sciences, Dunod Ed., Paris, 366 p
16 http://www.boneteau.com/UserFile/File/ACTUALITES/Fastnet_Courrier_2007.pdf
17 Observations personnelles sur plusieurs décennies de mon père agriculteur en Auvergne en zone montagne.
18 Site de la vallée de Chamonix : chamonix.com avec publicité singulière de skieurs en plein hors piste.
19 Institut pour l’étude de la neige et des avalanches de Davos :
http://www.slf.ch/lawineninfo/zusatzinfos/interpretationshilfe/interpretationshilfe_f.pdf
20 Levallois J-J, 1988 : Mesurer la Terre (300 ans de géodésie française — De la toise du Châtelet au
satellite), Assoc. Franç. de topographie Presses de l'École Nat. des Ponts & Chaussées, 389 + cartes.
21 Voir De l’ellipsoïde au géoïde sur wikipedia.org utilisant la référence précédente de Levallois.
22 Favre Alice, 2007 : Influence de l’activité dépressionnaire / anticyclonique des moyennes latitudes du
Pacifique Nord sur les températures et les précipitations hivernales en Amérique du Nord-Ouest, thèse de
l’université de Bourgogne, Dijon.
23 Pommier A., 2005 : Analyse objective de la dynamique aérologique de basses couches dans l’espace atlantique
nord : mécanisme et évolution de 1950 à 2000, Thèse, 9 décembre 2005, Université de Lyon, 316 p.
24 Voir un exemple parmi tant d’autres sur http://fr.allmetsat.com/images/afwa_natl_ani.php
25 Sègerie N., Le dilemme entre facteur anthropique et naturel dans le changement climatique : Pour
un recadrage astronomique, Symposium international Géotunis 2008 («Gestion des ressources
naturelles et étude de l’impact du changement climatique avec les SIG, des sciences et des
technologies de l’espace. » à Tunis 26-30 novembre 2008 ; en ligne sur http://www.geotunis.org)
26 Ramade F., 1987 : Les catastrophes écologiques, Paris, Ed. Mc Graw-Hill, 317 p.
27 http://www.meteo-marine.com/meteo_marine/pilot_charts.htm et sur http://www.nga.mil
28 Sègerie N., (en préparation) : « Expérimentation sur le transfert méridien en milieu atlantique »).
29 Météo France, Rapport d’activité 2007, 88 p.
30 Climat : le dossier vérité, Sciences et vie n°240, Hors série, septembre 2007, 162 p.
31 Comby J., 1997 : A propos des brouillards lyonnais, Lyon, Revue de géographie de Lyon, vol 72 4/97, p.333-7
32 Aubert S., 2007 : La dynamique du temps et le climat de la Roumanie, Thèse en Lettres
spécialité
Géographie ‐ Géographie et aménagement, soutenue le 14 décembre 2007, Université de Lyon.
NB: Ce texte mériterait une mise à jour et de nombreux compléments, vu l'actualité des risques ces dernières années. Il serait intéressant d'analyser la réaction à chaud en septembre 2009 de certains membres de l'Association Internationale de Climatologie.